L’enfant qui mord… Comment réagir ?
La morsure fait partie des problématiques que l’on rencontre chaque année en crèche… elle suscite souvent des réactions et des questionnements, de la part des familles acomme de la part des professionnelles.
Que ce soit l’enfant qui mord ou celui mordu, cela soulève les questions :
- « Pourquoi mord-il » ?
- « Pourquoi est ce que mon enfant est toujours « victime » de morsures ?
Cette question du « pourquoi » est redondante… elle remet souvent en cause les équipes de professionnelles, parfois démunies, qui se demandent alors : Comment réagir ? Que mettre en place ?
La morsure fait partie d’une période normale de leur développement, même si tous les enfants ne mordent pas. La bouche est très utilisée de la naissance à deux ans environ, elle est un moyen de découvrir et comprendre l’environnement, les objets, les autres.
Le jeune enfant n’est pas encore décentré, il n’est pas capable de comprendre l’impact de ses actions sur le ressenti de l’autre. Il comprend et explore la relation de cause à effet « je mords à l’autre pleure » mais ne peut pas mentaliser l’impact émotionnel de son action. Il n’a donc pas d’intention de faire mal à autrui, il ne s’agit jamais de méchanceté.
Pourquoi les jeunes enfants mordent ?
Ce qu’il faut savoir, c’est que la morsure est fréquente en crèche, tant l’utilisation de la bouche est un outil, une source sensorielle. A travers la bouche, les enfants ressentent des sensations qui peuvent être similaires à celles du toucher. Elle est privilégiée par le jeune enfant pour découvrir le monde, les personnes et les objets. La morsure, c’est un acte impulsif, que l’enfant ne maîtrise pas. Elle peut traduire différentes choses, en fonction du contexte. Plusieurs explications sont possibles lorsqu’un enfant mord.
Il a mal aux dents
En période de poussée dentaire, le bébé peut souffrir au niveau de ses gencives. Mordre est une manière de soulager sa douleur. A défaut d’avoir un objet à mordre, il peut mordre ce qui est le plus proche de lui et parfois c’est un autre enfant. Il ne mord pas l’autre pour lui faire mal mais pour se soulager.
« Je mange ce que j’aime, je recrache ce que je n’aime pas ».
La morsure peut être un acte d’amour. Certains bébé mordent leurs parents, non pas pour leur manifester de l’agressivité, mais pour les « manger d’amour ».
Les parents n’ont-ils pas parfois ces expressions « Je te croquerais bien ? », « Tu es à croquer » ?
Pour le bébé c’est la même chose, il veut dévorer sa mère ou son père, sauf que ce n’est pas imagé, mais bien concret pour lui. Il approche sa bouche comme pour faire un bisou, mais ne sachant pas comment faire ce bisou, il croque. C’est une pulsion d’amour.
- Il n’a pas encore acquis le langage
L’enfant n’ayant pas encore acquis le langage utilise son corps pour s’exprimer. Ainsi, la morsure peut être liée à ce besoin de dire à l’autre qu’il n’est pas d’accord, pas content, ou frustré. Le bébé a peu d’autres moyens de communication. Nous constatons souvent que lorsqu’un enfant a les mots pour dire les choses, les morsures s’atténuent jusqu’à cesser complètement.
Verbaliser à l’enfant ce qui lui arrive va permettre qu’il prenne petit a petit conscience de ses actes, et le rassurer. Il n’est pas seul face à ce qui lui arrive, cela participe à sa sécurité affective. L’adulte est présent pour l’accompagner dans les émotions qui le traversent.
- Il veut le jouet d’un autre enfant
Lorsqu’un enfant veut absolument le jouet que possède un autre enfant et que celui ci ne veut pas le lâcher, il le mord afin de l’obtenir. N’ayant peut-être pas encore le langage et étant pris par l’émotion, l’enfant agit par son corps : en poussant, tapant, ou en mordant.
Les jeux sont fréquemment sources de conflits entre enfants, et c’est souvent pendant ces moments là que l’agressivité entre enfants s’exprime. En effet, si les interactions entre enfants peuvent être positives (des enfants qui jouent ensemble ou à côté, des rires, des cris, etc.…) elles peuvent également être négatives. La rencontre de l’ « autre » est toute nouvelle pour l’enfant qui ne sait pas trop comment l’appréhender, elle peut être génératrice de colère.
Les jeux sont souvent l’occasion de bousculades et de conflits de territoire mais aussi d’excitation affectueuse. D’autant que les lois humaines, telles que ne pas faire mal ni à autrui ni à soi-même sont en cours d’intériorisation et d’apprentissage. C’est ce qu’on appelle le processus de socialisation. Les enfants découvrent l’environnement dans lequel ils vivent, ils apprennent peu à peu à réguler leurs émotions, leurs affects, les relations avec les autres et leurs frustrations liées aux interdits.
- Il a besoin d’une attention particulière
La morsure peut s’expliquer lorsqu’un enfant est confronté à des changements, que ce soit dans sa vie familiale ou dans la collectivité. Les changements de repères génèrent chez certains de l’angoisse. Avoir des comportements agressifs, et notamment mordre, peut alors être un moyen d’exprimer un malaise. L’enfant va solliciter l’adulte de cette manière. Un déménagement, l’arrivée d’un petit frère ou petite sœur, un parent qui s’absente beaucoup…. peuvent entrainer un sentiment d’insécurité, de la jalousie aussi.
Parfois, lorsqu’un enfant mord beaucoup dans une journée et que cela se répète dans la durée, c’est qu’il a un besoin d’attention plus important qu’avant. Dans la collectivité, il n’est pas seul, et mordre, tout comme taper, pousser, peuvent être des signes d’un besoin d’une attention particulière. Les enfants savent comment solliciter le regard de l’adulte et son attention. De cette manière, même si l’adulte réagit négativement, l’enfant sait qu’il capte l’attention de l’adulte.
L’enfant a peut être tout simplement besoin d’être davantage regardé, observé, câliné à un moment donné. L’adulte permet à l’enfant de se sécuriser. Parfois un simple regard de l’adulte suffit à apaiser l’enfant, ce qui lui permet de repartir dans son jeu. Avoir son doudou et/ou sa tétine (s’il en a), peut lui permettre de réguler petit à petit par lui-même ses émotions.
- Il est pris par une pulsion
Le bébé ne peut encore contrôler ses pulsions. Face à une frustration, l’enfant est submergé de tension et a soudainement une réaction brutale, qu’il ne peut contrôler.
En crèche, il y a de nombreuses frustrations : contraintes de temps, d’espace, partager les jouets, attendre son tour, les relations avec les autres enfants…
La collectivité demande un temps d’adaptation… Ces frustrations peuvent ainsi mener les enfants à réagir de manière agressive. D’autant que le langage est en construction et que l’enfant n’a pas les mots pour exprimer ce qu’il ressent. Il ne sait peut-être même pas ce qu’il ressent tant les morsures sont liées à une pulsion incontrôlée.
Quelques idées de réponses :
Un enfant qui mord ne veut absolument pas dire qu’il est mauvais, pas gentil, « violent », comme nous pouvons parfois l’entendre. D’ailleurs seul son acte est répréhensible. Il est essentiel de ne pas stigmatiser un enfant comme étant « l’enfant mordeur », le « méchant »… car plus il sera qualifié comme tel, plus il risque de s’enfermer dans ces comportements-là. Il est important de se dire que l’enfant est en construction et qu’il doit apprendre à gérer et contrôler ses émotions autrement. C’est en l’accompagnant qu’il sera en capacité d’intégrer les règles et codes sociaux, et non en le réprimant, lui qui a tout à découvrir, dans ses relations avec les autres notamment.
Certains parents pensent que mordre l’enfant en retour, lui montrera que cela fait mal et donc qu’il ne faut pas le faire. L’adulte est le modèle de l’enfant, et l’enfant imite les adultes qui s’occupent de lui. Si un enfant est mordu en retour, cela lui montrera que c’est un moyen de régler un problème, que cela est permis. Même si le contraire lui est dit, l’enfant retient tout aussi bien les actes. Ce n’est donc pas la solution pour faire comprendre à l’enfant que c’est interdit, car l’enfant risque alors de se sentir perdu face à ces signaux contradictoires.
En outre, il ne sert à rien de stigmatiser, exclure ou gronder l’enfant qui mord, bien au contraire, il a besoin d’une attitude bienveillante. Il n’est pas question de le féliciter de son acte, mais il a tout autant besoin d’être consolé que l’enfant mordu. En effet cette action le dépasse souvent, et il n’a pas conscience du mal qu’il fait. Il a besoin que le lien affectif soit consolidé, afin de pouvoir développer une vision empathique avec les autres. L’enfant qui fait l’action a aussi besoin de trouver du réconfort et de la compréhension de la part de l’adulte. Il est souvent dépassé par ses pulsions et a besoin que l’on mette des mots et l’accompagne. On lui signale cependant toujours l’interdiction, de mordre en l’occurrence.
Le rôle de l’adulte est alors de signifier à l’enfant qu’il a le droit d’être en colère, de se sentir malheureux, de ne pas supporter certaines situations, mais qu’il n’a pas le droit de faire mal aux autres. A la crèche nous verbalisons beaucoup et nous émettons des hypothèses sur ce qui l’a amené à mordre. Nous mettons des mots sur ses actions, nous lui expliquons l’interdit, et essayons de trouver des moyens pour qu’il agisse autrement.
Pour l’aider à développer ses capacités d’empathie, nous pouvons proposer à l’enfant qui a mordu de nous aider à consoler ou soigner l’enfant mordu, en lui demandant d’apporter le doudou de l’enfant par exemple. Cela doit se faire avec le consentement de chacun des enfants et jamais comme une obligation.
Avoir une attitude bienveillante et non de rejet
Nous concevons que cela n’est pas évident, mais il est nécessaire de garder son calme autant que possible, d’être en capacité de prendre du recul et de ne pas se laisser prendre par une vision négative de l’enfant. Il est essentiel de réagir sans violence, verbaliser les situations, même lorsque cela est répétitif. Certains enfants mordent beaucoup dans une journée, cela peut être un appel à l’attention, dans cette collectivité où il n’y a pas que lui. Dans ces cas là, un adulte qui reste disponible pour cet enfant peut être nécessaire, pendant une période, afin que l’enfant se sente suffisamment sécurisé et pris en considération en tant qu’être unique parmi le groupe.
Proposer à l’enfant de basculer son comportement sur un objet (par exemple taper ou mordre une poupée) n’est pas forcément recommandé, car cela risque de le conditionner à avoir un acte impulsif lorsqu’il est en colère.
S’il s’agit d’une tentative de sociabilisation maladroite, mieux vaut montrer par exemple à l’enfant comment entrer en contact avec l’autre en le prenant par la main pour faire une caresse.
Si l’enfant est en colère, il est possible de le prendre dans les bras s’il est d’accord et l’inciter à décharger son émotion par un câlin, en l’aidant à se détendre. En effet, lorsqu’un enfant est en colère, son cerveau est sous stress et produit une hormone appelée cortisol. L’antidote à cette hormone du stress est l’ocytocine, hormone sécrétée entre autres par le lien social, les marques d’affection, comme les câlins. Si on ne permet pas au cerveau de se libérer du stress, l’enfant risque alors de recommencer. L’ocytocine fonctionne comme un anxiolytique, amenant l’enfant à s’apaiser.
Dans tous les cas, aucun acte de morsure ne doit rester sans tentatives d’explications et propositions de réponses.
Les morsures ne sont que passagères, et durent plus ou moins longtemps en fonction de l’accompagnement proposé, du caractère de l’enfant, et du contexte dans lequel il évolue. Il s’agit d’une réflexion en équipe et avec les parents pour chaque situation, car toutes les morsures ne s’expliquent pas de la même manière, tous les enfants n’ont pas les mêmes besoins et « raisons » de mordre.
Parents – professionnels : un dialogue nécessaire
La réaction des parents peut être parfois intense, et cela peut s’entendre et se comprendre, car il est difficile de voir son enfant marqué par une morsure, ou inversement, de savoir que son enfant mord. Dans tous les cas, les morsures génèrent des réactions, souvent de l’angoisse, et peuvent être sources de tensions entre parents et professionnelles. Lorsque les morsures sont trop nombreuses, elles incitent les professionnelles à une remise en question sur l’aménagement de l’espace, les jeux proposés, l’organisation et l’accompagnement des enfants. Tout cela est réfléchi. Des solutions sont cherchées pour pouvoir accompagner l’enfant, la famille, mais aussi pour créer une atmosphère qui ne soit pas génératrice d’agressivité. Il est important pour les familles de pouvoir exprimer leurs ressentis, et il est tout aussi important pour les professionnelles de ne pas culpabiliser et de susciter l’échange avec les familles. Lorsqu’un dialogue est créé, la confiance peut rester intacte, et les solutions peuvent être recherchées et trouvées ensemble. Parfois, rien que le fait d’en discuter résout naturellement les problématiques qui se présentent, car l’enfant sent qu’il est pris en considération… Alors, parlons-en lors des temps d’échange au quotidien, afin de pouvoir accompagner l’enfant au mieux.
La morsure
L’enfant qui mord… Comment réagir ?
La morsure fait partie des problématiques que l’on rencontre chaque année en crèche… elle suscite souvent des réactions et des questionnements, de la part des familles acomme de la part des professionnelles.
Que ce soit l’enfant qui mord ou celui mordu, cela soulève les questions :
- « Pourquoi mord-il » ?
- « Pourquoi est ce que mon enfant est toujours « victime » de morsures ?
Cette question du « pourquoi » est redondante… elle remet souvent en cause les équipes de professionnelles, parfois démunies, qui se demandent alors : Comment réagir ? Que mettre en place ?
La morsure fait partie d’une période normale de leur développement, même si tous les enfants ne mordent pas. La bouche est très utilisée de la naissance à deux ans environ, elle est un moyen de découvrir et comprendre l’environnement, les objets, les autres.
Le jeune enfant n’est pas encore décentré, il n’est pas capable de comprendre l’impact de ses actions sur le ressenti de l’autre. Il comprend et explore la relation de cause à effet « je mords à l’autre pleure » mais ne peut pas mentaliser l’impact émotionnel de son action. Il n’a donc pas d’intention de faire mal à autrui, il ne s’agit jamais de méchanceté.
Pourquoi les jeunes enfants mordent ?
Ce qu’il faut savoir, c’est que la morsure est fréquente en crèche, tant l’utilisation de la bouche est un outil, une source sensorielle. A travers la bouche, les enfants ressentent des sensations qui peuvent être similaires à celles du toucher. Elle est privilégiée par le jeune enfant pour découvrir le monde, les personnes et les objets. La morsure, c’est un acte impulsif, que l’enfant ne maîtrise pas. Elle peut traduire différentes choses, en fonction du contexte. Plusieurs explications sont possibles lorsqu’un enfant mord.
Il a mal aux dents
En période de poussée dentaire, le bébé peut souffrir au niveau de ses gencives. Mordre est une manière de soulager sa douleur. A défaut d’avoir un objet à mordre, il peut mordre ce qui est le plus proche de lui et parfois c’est un autre enfant. Il ne mord pas l’autre pour lui faire mal mais pour se soulager.
« Je mange ce que j’aime, je recrache ce que je n’aime pas ».
La morsure peut être un acte d’amour. Certains bébé mordent leurs parents, non pas pour leur manifester de l’agressivité, mais pour les « manger d’amour ».
Les parents n’ont-ils pas parfois ces expressions « Je te croquerais bien ? », « Tu es à croquer » ?
Pour le bébé c’est la même chose, il veut dévorer sa mère ou son père, sauf que ce n’est pas imagé, mais bien concret pour lui. Il approche sa bouche comme pour faire un bisou, mais ne sachant pas comment faire ce bisou, il croque. C’est une pulsion d’amour.
- Il n’a pas encore acquis le langage
L’enfant n’ayant pas encore acquis le langage utilise son corps pour s’exprimer. Ainsi, la morsure peut être liée à ce besoin de dire à l’autre qu’il n’est pas d’accord, pas content, ou frustré. Le bébé a peu d’autres moyens de communication. Nous constatons souvent que lorsqu’un enfant a les mots pour dire les choses, les morsures s’atténuent jusqu’à cesser complètement.
Verbaliser à l’enfant ce qui lui arrive va permettre qu’il prenne petit a petit conscience de ses actes, et le rassurer. Il n’est pas seul face à ce qui lui arrive, cela participe à sa sécurité affective. L’adulte est présent pour l’accompagner dans les émotions qui le traversent.
- Il veut le jouet d’un autre enfant
Lorsqu’un enfant veut absolument le jouet que possède un autre enfant et que celui ci ne veut pas le lâcher, il le mord afin de l’obtenir. N’ayant peut-être pas encore le langage et étant pris par l’émotion, l’enfant agit par son corps : en poussant, tapant, ou en mordant.
Les jeux sont fréquemment sources de conflits entre enfants, et c’est souvent pendant ces moments là que l’agressivité entre enfants s’exprime. En effet, si les interactions entre enfants peuvent être positives (des enfants qui jouent ensemble ou à côté, des rires, des cris, etc.…) elles peuvent également être négatives. La rencontre de l’ « autre » est toute nouvelle pour l’enfant qui ne sait pas trop comment l’appréhender, elle peut être génératrice de colère.
Les jeux sont souvent l’occasion de bousculades et de conflits de territoire mais aussi d’excitation affectueuse. D’autant que les lois humaines, telles que ne pas faire mal ni à autrui ni à soi-même sont en cours d’intériorisation et d’apprentissage. C’est ce qu’on appelle le processus de socialisation. Les enfants découvrent l’environnement dans lequel ils vivent, ils apprennent peu à peu à réguler leurs émotions, leurs affects, les relations avec les autres et leurs frustrations liées aux interdits.
- Il a besoin d’une attention particulière
La morsure peut s’expliquer lorsqu’un enfant est confronté à des changements, que ce soit dans sa vie familiale ou dans la collectivité. Les changements de repères génèrent chez certains de l’angoisse. Avoir des comportements agressifs, et notamment mordre, peut alors être un moyen d’exprimer un malaise. L’enfant va solliciter l’adulte de cette manière. Un déménagement, l’arrivée d’un petit frère ou petite sœur, un parent qui s’absente beaucoup…. peuvent entrainer un sentiment d’insécurité, de la jalousie aussi.
Parfois, lorsqu’un enfant mord beaucoup dans une journée et que cela se répète dans la durée, c’est qu’il a un besoin d’attention plus important qu’avant. Dans la collectivité, il n’est pas seul, et mordre, tout comme taper, pousser, peuvent être des signes d’un besoin d’une attention particulière. Les enfants savent comment solliciter le regard de l’adulte et son attention. De cette manière, même si l’adulte réagit négativement, l’enfant sait qu’il capte l’attention de l’adulte.
L’enfant a peut être tout simplement besoin d’être davantage regardé, observé, câliné à un moment donné. L’adulte permet à l’enfant de se sécuriser. Parfois un simple regard de l’adulte suffit à apaiser l’enfant, ce qui lui permet de repartir dans son jeu. Avoir son doudou et/ou sa tétine (s’il en a), peut lui permettre de réguler petit à petit par lui-même ses émotions.
- Il est pris par une pulsion
Le bébé ne peut encore contrôler ses pulsions. Face à une frustration, l’enfant est submergé de tension et a soudainement une réaction brutale, qu’il ne peut contrôler.
En crèche, il y a de nombreuses frustrations : contraintes de temps, d’espace, partager les jouets, attendre son tour, les relations avec les autres enfants…
La collectivité demande un temps d’adaptation… Ces frustrations peuvent ainsi mener les enfants à réagir de manière agressive. D’autant que le langage est en construction et que l’enfant n’a pas les mots pour exprimer ce qu’il ressent. Il ne sait peut-être même pas ce qu’il ressent tant les morsures sont liées à une pulsion incontrôlée.
Quelques idées de réponses :
Un enfant qui mord ne veut absolument pas dire qu’il est mauvais, pas gentil, « violent », comme nous pouvons parfois l’entendre. D’ailleurs seul son acte est répréhensible. Il est essentiel de ne pas stigmatiser un enfant comme étant « l’enfant mordeur », le « méchant »… car plus il sera qualifié comme tel, plus il risque de s’enfermer dans ces comportements-là. Il est important de se dire que l’enfant est en construction et qu’il doit apprendre à gérer et contrôler ses émotions autrement. C’est en l’accompagnant qu’il sera en capacité d’intégrer les règles et codes sociaux, et non en le réprimant, lui qui a tout à découvrir, dans ses relations avec les autres notamment.
Certains parents pensent que mordre l’enfant en retour, lui montrera que cela fait mal et donc qu’il ne faut pas le faire. L’adulte est le modèle de l’enfant, et l’enfant imite les adultes qui s’occupent de lui. Si un enfant est mordu en retour, cela lui montrera que c’est un moyen de régler un problème, que cela est permis. Même si le contraire lui est dit, l’enfant retient tout aussi bien les actes. Ce n’est donc pas la solution pour faire comprendre à l’enfant que c’est interdit, car l’enfant risque alors de se sentir perdu face à ces signaux contradictoires.
En outre, il ne sert à rien de stigmatiser, exclure ou gronder l’enfant qui mord, bien au contraire, il a besoin d’une attitude bienveillante. Il n’est pas question de le féliciter de son acte, mais il a tout autant besoin d’être consolé que l’enfant mordu. En effet cette action le dépasse souvent, et il n’a pas conscience du mal qu’il fait. Il a besoin que le lien affectif soit consolidé, afin de pouvoir développer une vision empathique avec les autres. L’enfant qui fait l’action a aussi besoin de trouver du réconfort et de la compréhension de la part de l’adulte. Il est souvent dépassé par ses pulsions et a besoin que l’on mette des mots et l’accompagne. On lui signale cependant toujours l’interdiction, de mordre en l’occurrence.
Le rôle de l’adulte est alors de signifier à l’enfant qu’il a le droit d’être en colère, de se sentir malheureux, de ne pas supporter certaines situations, mais qu’il n’a pas le droit de faire mal aux autres. A la crèche nous verbalisons beaucoup et nous émettons des hypothèses sur ce qui l’a amené à mordre. Nous mettons des mots sur ses actions, nous lui expliquons l’interdit, et essayons de trouver des moyens pour qu’il agisse autrement.
Pour l’aider à développer ses capacités d’empathie, nous pouvons proposer à l’enfant qui a mordu de nous aider à consoler ou soigner l’enfant mordu, en lui demandant d’apporter le doudou de l’enfant par exemple. Cela doit se faire avec le consentement de chacun des enfants et jamais comme une obligation.
Avoir une attitude bienveillante et non de rejet
Nous concevons que cela n’est pas évident, mais il est nécessaire de garder son calme autant que possible, d’être en capacité de prendre du recul et de ne pas se laisser prendre par une vision négative de l’enfant. Il est essentiel de réagir sans violence, verbaliser les situations, même lorsque cela est répétitif. Certains enfants mordent beaucoup dans une journée, cela peut être un appel à l’attention, dans cette collectivité où il n’y a pas que lui. Dans ces cas là, un adulte qui reste disponible pour cet enfant peut être nécessaire, pendant une période, afin que l’enfant se sente suffisamment sécurisé et pris en considération en tant qu’être unique parmi le groupe.
Proposer à l’enfant de basculer son comportement sur un objet (par exemple taper ou mordre une poupée) n’est pas forcément recommandé, car cela risque de le conditionner à avoir un acte impulsif lorsqu’il est en colère.
S’il s’agit d’une tentative de sociabilisation maladroite, mieux vaut montrer par exemple à l’enfant comment entrer en contact avec l’autre en le prenant par la main pour faire une caresse.
Si l’enfant est en colère, il est possible de le prendre dans les bras s’il est d’accord et l’inciter à décharger son émotion par un câlin, en l’aidant à se détendre. En effet, lorsqu’un enfant est en colère, son cerveau est sous stress et produit une hormone appelée cortisol. L’antidote à cette hormone du stress est l’ocytocine, hormone sécrétée entre autres par le lien social, les marques d’affection, comme les câlins. Si on ne permet pas au cerveau de se libérer du stress, l’enfant risque alors de recommencer. L’ocytocine fonctionne comme un anxiolytique, amenant l’enfant à s’apaiser.
Dans tous les cas, aucun acte de morsure ne doit rester sans tentatives d’explications et propositions de réponses.
Les morsures ne sont que passagères, et durent plus ou moins longtemps en fonction de l’accompagnement proposé, du caractère de l’enfant, et du contexte dans lequel il évolue. Il s’agit d’une réflexion en équipe et avec les parents pour chaque situation, car toutes les morsures ne s’expliquent pas de la même manière, tous les enfants n’ont pas les mêmes besoins et « raisons » de mordre.
Parents – professionnels : un dialogue nécessaire
La réaction des parents peut être parfois intense, et cela peut s’entendre et se comprendre, car il est difficile de voir son enfant marqué par une morsure, ou inversement, de savoir que son enfant mord. Dans tous les cas, les morsures génèrent des réactions, souvent de l’angoisse, et peuvent être sources de tensions entre parents et professionnelles. Lorsque les morsures sont trop nombreuses, elles incitent les professionnelles à une remise en question sur l’aménagement de l’espace, les jeux proposés, l’organisation et l’accompagnement des enfants. Tout cela est réfléchi. Des solutions sont cherchées pour pouvoir accompagner l’enfant, la famille, mais aussi pour créer une atmosphère qui ne soit pas génératrice d’agressivité. Il est important pour les familles de pouvoir exprimer leurs ressentis, et il est tout aussi important pour les professionnelles de ne pas culpabiliser et de susciter l’échange avec les familles. Lorsqu’un dialogue est créé, la confiance peut rester intacte, et les solutions peuvent être recherchées et trouvées ensemble. Parfois, rien que le fait d’en discuter résout naturellement les problématiques qui se présentent, car l’enfant sent qu’il est pris en considération… Alors, parlons-en lors des temps d’échange au quotidien, afin de pouvoir accompagner l’enfant au mieux.