L’acquisition du contrôle sphinctérien

L’acquisition du contrôle sphinctérien a longtemps été appelé apprentissage de la propreté, puis acquisition de la propreté. Nous préférons aujourd’hui le terme d’acquisition du contrôle sphinctérien ou acquisition de la continence.

Pourquoi parlons-nous d’acquisition plutôt que d’apprentissage ?

https://blog.privatebebe.com/wp-content/uploads/2014/03/LILIAIMELENOUGAT-mon-premier-pot-blogprivatebebe.jpgLe contrôle des sphincters est, comme la marche, quelque chose qui s’acquiert plutôt que quelque chose qui s’apprend. Que vous preniez un enfant par les mains pour l’entraîner à la marche, ou que vous le laissiez tout seul passer par les différentes étapes amenant à la marche, la finalité sera un enfant qui marche. Mais en le laissant passer seul par les différentes étapes, l’enfant développera alors correctement sa chaîne musculaire, et gagnera en confiance en lui, fier d’y être arrivé seul, sans trop d’aide de l’adulte. Il en est de même pour le contrôle des sphincters. Que l’on « entraîne » les enfants ou qu’on les laisse gérer seuls ce processus (comme c’est le cas dans beaucoup de cultures), l’âge moyen de cette acquisition est 2 ans ½ – 3ans. Il n’est donc pas nécessaire de leur « apprendre », ils acquerront cette capacité d’eux-mêmes.

Pourquoi parler de contrôle sphinctérien plutôt que de propreté ?

Les sphincters sont les muscles qui permettent d’ouvrir et fermer la vessie et l’anus. Nous pouvons également parler d’acquisition de la continence.

Le terme de propreté parle bien des enjeux que nous mettons derrière cette étape. Le message serait donc que, avant, l’enfant serait sale, et deviendrait propre ensuite. Le choix des mots est important pour l’enfant qui peut régulièrement entendre des phrases comme « il n’est pas encore propre » : il serait donc en situation d’échec jusqu’à ce qu’il parvienne à l’objectif tant attendu par son entourage.

Sur l’usage des mots, soyons également vigilants à ne pas dire « c’est caca » pour dire que quelque chose est sale. Certains enfants se bloquent alors, ne voulant plus faire de selles, craignant d’être « sales ». Le caca ne doit être un objet ni positif, ni négatif, mais le simple résultat d’un besoin assouvi, témoin du bon fonctionnement de notre corps.

Quand l’enfant est-il prêt ?

               L’acquisition du contrôle sphinctérien dépend tout d’abord de la maturation neuromotrice : l’enfant doit être prêt dans son corps. En effet, ses muscles doivent être suffisamment efficaces, et la maturation du lobe préfrontal de son cerveau doit être assez avancée pour permettre la contraction permanente et non consciente des sphincters, et leur relâchement volontaire lorsque le besoin s’en fait ressentir.

               Elle dépend également de sa maturation psychique. Il est souvent observé que l’enfant, lorsque l’adulte n’intervient pas dans l’acquisition, entame ce processus peu après le moment où émerge le « moi », le « je » dans son langage. Il développe sa conscience de lui-même, se reconnaît en tant que personne bien différenciée. C’est une étape importante, qui pourra être suivie de la reconnaissance de ses besoins.

               Le passage au pot ou aux toilettes peut aussi générer une « angoisse de morcellement » chez l’enfant. Avant, il n’assiste pas directement à la selle sortant de son corps et disparaissant dans les toilettes. En voyant ce qu’il se passe, l’enfant peut avoir besoin de temps pour comprendre que la selle qui sort de son corps, n’est pas une partie de lui-même. L’angoisse de morcellement, c’est la crainte de voir une partie de son corps se détacher. Il est donc important d’expliquer à l’enfant qu’il s’agit de la nourriture qu’il a mangée, qui a voyagé dans son corps pour lui donner toute l’énergie nécessaire, et qui ressort ensuite.

Généralement, l’enfant est d’abord prêt physiologiquement (maturation du réflexe sphinctérien et maturation neuronale) avant d’être prêt psychologiquement.

               Quelques signes indiquant que l’enfant est potentiellement prêt :

– Capacité de marcher jusqu’au pot/toilettes

– Capacité à s’assoir seul et stabilité de l’assise

– Capacité de rester sec plusieurs heures

– Capacité de compréhension langagière permettant de suivre des directives simples

– Capacité d’expression permettant à l’enfant de communiquer son besoin d’aller sur le pot/toilettes

– Désir d’indépendance et de contrôle de la vessie et des intestins

– Prise de conscience des mictions et défections (par exemple, l’enfant s’isole dans un petit coin pour déféquer)

Des moments de régression sont possibles. Un enfant qui a commencé à aller sur le pot, peut se sentir anxieux de cette nouvelle acquisition et avoir besoin de retrouver la sécurité de la couche. Laissez-le choisir, et s’il souhaite remettre une couche pendant quelques semaines voire mois, ne vous inquiétez pas : cela fait partie du processus. Comme pour l’acquisition de la marche, certains enfants font quelques pas, puis préfèrent repartir sur du quatre pattes pendant quelques temps, se rassurant dans ce qu’ils connaissent bien et qui a fonctionné pour eux jusqu’à maintenant.

Si vous avez déjà entamé un processus d’apprentissage de la propreté, et que votre enfant se montre réfractaire ou s’oppose, n’hésitez pas à faire marche arrière et à remettre une couche. Il est préférable alors de ne plus inciter l’enfant à aller sur le pot pendant un temps. De préférence, laissez l’enfant exprimer de lui-même le désir de réessayer le pot. Laissez le pot à disposition, mais n’incitez pas l’enfant à y aller.

Quant à la continence nocturne, elle arrive généralement un peu plus tard, vers 3-4 ans. Cela peut cependant être un peu plus long pour certains enfants, il peut être utile d’en parler au pédiatre si cela tarde trop (6-7 ans).

Pourquoi ne pas intervenir dans ce processus ?

               Que l’on intervienne ou pas, l’enfant finira dans tous les cas par acquérir cette nouvelle compétence. L’âge moyen d’acquisition est le même (2ans ½ – 3ans, mais cela peut varier !) quelles que soient les cultures, celles où l’adulte intervient et celles où l’adulte laisse l’enfant faire.

               Lorsque l’adulte intervient de façon trop directive, l’enfant pourra par la suite avoir plus de difficultés à repérer quels sont ses besoins et quand il a besoin de les assouvir (par exemple, en le mettant sur le pot à heures précises, l’enfant ne peut pas être à l’écoute de son besoin). Il ne sera également pas dans une démarche d’autonomie et d’indépendance, mais dans l’envie de faire plaisir ou non à ses parents.

En revanche, en le laissant faire, votre enfant pourra prendre confiance en lui, et n’utilisera pas le fait d’uriner ou de déféquer comme un levier pour obtenir de la reconnaissance ou pour s’opposer.

Toutefois n’ayez crainte si vous avez procédé autrement, d’autres méthodes et façons de faire ont longtemps été utilisées et le sont encore aujourd’hui, et la plupart des enfants s’en sont tout à fait accommodés. Cependant, au vu de l’évolution des connaissances sur le développement de l’enfant, nous pouvons maintenant réajuster nos façons de faire.

Que puis-je faire pour l’aider ?

N’hésitez pas à mettre à votre enfant une couche culotte, lorsque vous le sentez prêt, afin de favoriser son autonomie. Il pourra alors l’enlever seul lorsqu’il ressentira le besoin d’aller aux toilettes ou sur le pot (favorisez des vêtements faciles à enlever pour lui).

Placez le pot dans un lieu facile d’accès, de préférence aux toilettes, éventuellement dans la salle de bain, en tous les cas un lieu où son intimité puisse être respectée (éviter par exemple le pot au milieu du salon).

Accompagnez-le par la parole. Lorsque vous changez sa couche, verbalisez ce que vous faites, s’il y a juste de l’urine ou des selles, ce que vous en faites etc…

Pour l’aider à apprivoiser la possible (mais pas systématique) angoisse de morcellement, vous pouvez procéder par étapes avec votre enfant : d’abord, le faire participer au changement de sa couche, lui montrant ce qu’elle contient et lui proposant d’aller la jeter lui-même (soit à la poubelle, soit en jetant la selle dans les toilettes afin qu’il s’y habitue). Le passage par le pot peut ensuite être une étape plus rassurante que d’aller directement sur les toilettes (avec un réducteur de toilettes). Il pourra accéder au pot plus facilement qu’aux toilettes, être dans une position plus physiologique pour la selle (presque accroupi), et voir le résultat de son action dans le pot. Vous pouvez lui proposer alors de vous aider à jeter le contenu du pot aux toilettes, sans obligation. Faites-lui savoir qu’il a le choix d’aller faire directement sur les toilettes s’il le souhaite, mais devra peut-être solliciter votre aide pour s’installer (le pot permet donc plus d’autonomie dans un premier temps).

Lorsque votre enfant fait sur le pot ou les toilettes, ne manifestez pas trop votre satisfaction : cela enverrait à l’enfant le message que faire ses besoins ou non, là où vous le souhaitez ou non, peut être un levier pour vous plaire ou s’opposer à vous. Cela peut aussi le renvoyer à un échec s’il ne parvient pas à aller sur le pot la fois suivante, et agir alors sur sa confiance en lui. Vous pouvez le féliciter simplement et brièvement.

Respectez sa pudeur : évitez de le prendre en photo lors de ce moment, et si cela ne l’inquiète pas, vous pouvez même pousser un peu la porte pour lui laisser de l’intimité. Cela lui transmettra le message que son corps ne doit pas être à la portée de tous.

Comment accompagnons-nous les enfants à la crèche ?

C’est à travers les transmissions du quotidien que vous pouvez informer les professionnelles de la crèche, de l’évolution de cette acquisition chez votre enfant. Si vous transmettez à une professionnelle que votre enfant commence à vouloir aller aux toilettes ou sur le pot de lui même, cela lui sera alors proposé également à la crèche.

Cependant, il peut arriver qu’un enfant ne réagisse pas de la même façon à la crèche qu’à la maison. Il y a à la crèche beaucoup de stimulations, et l’enfant étant happé par l’instant présent, il n’est alors plus forcément autant à l’écoute de ses besoins physiologiques. Il va gérer petit à petit la tentation de ce qui l’entoure et prioriser ses besoins. 

Nous avons ici des couches culottes, ce qui permet à l’enfant d’enlever lui-même sa couche, et de ne pas être dans l’obligation de demander de l’aide à l’adulte, participant ainsi au développement de sa confiance en lui et à son désir d’autonomie.

Si l’enfant demande une couche lors des temps de change, nous respecterons son choix. Même s’il est prêt à la maison à rester sans couche, la crèche peut être un lieu moins sécurisant pour lui.

Pour conclure : pas de panique, votre enfant fera ses besoins aux toilettes à un moment ou un autre, et très probablement avant sa rentrée à l’école maternelle. Et si ce n’est pas le cas, ne vous inquiétez pas, il arrive toujours que quelques enfants ne soient pas tout à fait prêts lors de la rentrée, l’école se doit de l’accepter et cela viendra certainement peu de temps après la rentrée.

L’intérêt de la référence face au développement psycho-affectif de l’enfant

L’attachement

Spitz était un psychanalyste qui a observé le développement d’enfants au sein d’orphelinats. Il a montré que lorsqu’un bébé reçoit des soins (nourriture, hygiène, sommeil), mais sans relation d’affection (échanges tendres avec la personne qui s’en occupe tel que câlins, chansons, jeu…), le bébé va se déprimer, parfois jusqu’à se laisser mourir. Il a nommé cet état hospitalisme. Il en a ainsi déduit que les affects et les liens affectifs sont vitaux pour le développement de l’enfant.

Une expérience menée par Harlow tend vers les mêmes conclusions. En effet, il a séparé un bébé macaque de sa mère, et lui a proposé des « mères » de substitution. L’une d’elles est faite en fil de fer, et porte un biberon rempli de lait. L’autre est faite de fourrure et ressemble à un macaque adulte, mais ne dispose pas de nourriture.

Il a montré que les bébés singes préfèrent la compagnie de la maman fourrure, ne s’intéressant que rapidement à la nourriture proposée par l’autre. Même si elle ne leur donnait pas à manger, les bébés choisissaient la peluche qui, pour eux, adoptait le rôle de mère.

Pour un développement sain, l’attachement est au moins aussi important que les besoins alimentaires. Mais après réassurance auprès du substitut en chiffon non nourrissant, le singe est capable de repartir explorer son environnement.

Le premier attachement se créé, en général, avec les parents. Mais l’enfant n’étant pas toujours avec ses parents et notamment à la crèche, il a besoin de figures d’attachement de substitution, qui sont les professionnel(le)s qui s’en occupent. Ces professionnel(le)s n’ont donc pas uniquement le rôle de « donneurs de soins », mais également celui de répondre aux besoins affectifs des enfants.

Etapes :

  • < 2 mois : signaux indifférenciés aux personnes
  • 2 à 7 mois : différenciation progressive des moyens (s’accrocher, sourire, sucer, pleurer, suivre, vocaliser…) et de l’objet (=personne) d’attachement (mère, père, professionnel…).
  • > 7 mois : objet (= personne) d’attachement privilégié déterminé
  • 3-4 ans : intériorisation de la figure d’attachement

La balance dynamique : la satisfaction des besoins d’attachement permet une base de sécurité afin de rendre possible l’exploration et l’éloignement.

La référence

La première personne avec qui le bébé, arrivant en crèche, va pouvoir tisser ce nouveau lien d’attachement, est la référente. Elle sera le premier repère de l’enfant, qui pourra petit à petit trouver d’autres repères, et ainsi se sentir en sécurité. L’objectif est que chaque enfant se sente aussi bien quand son référent est là que lorsqu’il ne l’est pas. Celui-ci doit donc faire une  place aux autres personnes qui entourent l’enfant.

Le rôle du référent est d’assurer le suivi de l’enfant et de ses parents. Il doit :

  • Développer une connaissance pointue de l’enfant
  • Actualiser cette connaissance
  • Assurer la transmission à l’équipe

Ainsi, il pourra garantir la continuité des soins, et permettre l’autonomie et l’efficacité du reste de l’équipe vis-à-vis de cet enfant.

La connaissance qu’il possède sur l’enfant doit être consciemment et nécessairement partagée, et ne doit pas rester exclusive ou réservée.

De cette façon, bien qu’un référent soit nommé, tous les autres professionnels de l’équipe peuvent être amenés à prendre soin de l’enfant en toute sérénité lorsque le référent n’est pas disponible.

Il est cependant préférable, si possible, que le référent soit présent lors des moments privilégiés tels que la sieste, le change ou les repas. Mais cela n’exclue pas la possibilité qu’un autre professionnel prenne en charge ces moments si le besoin de l’enfant ne peut pas attendre la présence de son référent.

Le référent sera également l’interlocuteur privilégié des parents, mais pas l’interlocuteur unique ou exclusif. Il est tout de même important que le lien parent/référent puisse se faire dans un climat de confiance et de sérénité, d’où l’importance de la période d’adaptation qui permet entre autres de créer ce lien.

Les enfants rencontrent lors de leur vie à la crèche divers professionnels. Certains les côtoient de façon régulière et d’autres de façon plus ponctuelle. Tous font partie de leur environnement (auxiliaire, direction, infirmière, psychologue, EJE, ASH, intervenants extérieurs…). Le référent a alors un rôle de lien entres l’enfant et les personnes qu’il va rencontrer au sein de la crèche. Il participe alors à sa sécurité affective, afin que l’enfant puisse rencontrer ces personnes sereinement.

La qualité de l’attachement

La qualité de l’encadrement est nécessaire à la sécurité affective et à une relation d’attachement enfant/professionnel. La qualité de cet accueil est déterminée en fonction du regard respectueux que porte l’adulte à l’enfant, de sa considération et de paroles rassurantes et sécurisantes. L’enfant est une personne avant tout.

L’attachement d’un enfant à une personne de référence en crèche est primordial. Par exemple, lorsque le lien parental est défaillant (trop « fort », trop « faible », instable…), la stabilité et la qualité du lieu d’accueil peuvent y pallier.

La figure d’attachement fonctionne, en principe, comme un havre de sécurité, une source de réconfort et de protection dans un contexte d’activation physiologique ou de menace environnementale, et comme base de sécurité pour l’exploration.

La qualité de l’attachement est le premier pas qui permettra à l’enfant d’évoluer en autonomie et de manière sereine.
– A la naissance, toute situation d’alarme ou de détresse à laquelle l’enfant est confronté déclenche le système dit d’attachement (recherche ou maintien de la proximité d’un individu différencié et sécurisant, familier).
– Dès la 2ème année, l’enfant va pouvoir se contenter de savoir sa figure d’attachement disponible en cas de besoin, sans avoir besoin forcément de sa proximité (par exemple, avoir la personne dans son champ de vision et pouvoir croiser son regard bienveillant).


– A partir de 3-4ans, il se satisfera de son accessibilité.

Ces besoins d’attachement varient bien sur d’un enfant à l’autre, et peuvent varier chez un même enfant en fonction de son état (malade…) et de ses conditions environnementales (difficultés familiales, changements tels qu’un déménagement…).

Il faut souligner que plus l’enfant est sécurisé, plus il osera aller explorer de façon autonome. Il apprend également ainsi à se calmer par lui-même, avec son doudou par exemple.
Cela signifie donc qu’il est généralement bénéfique de se montrer disponible pour un enfant qui réclame de l’attention tel qu’un câlin, un geste ou une parole bienveillante, car une fois rassuré, l’enfant pourra repartir de plus belle à la découverte de son environnement. Petit à petit, il intégrera que l’adulte est là pour lui, et qu’il peut reproduire les processus et sensations qui lui permettent de se rassurer sans nécessairement son contact direct. Il pourra par exemple jeter un simple coup d’œil à l’adulte pour se sécuriser et retourner à son jeu.  

Donc plus on répond aux besoins affectifs de l’enfant, plus il parviendra ensuite à s’en détacher. S’attacher pour mieux se détacher.

Cela veut également dire qu’il est important de laisser à l’enfant l’accessibilité au doudou, car c’est une première étape pour lui vers l’apprentissage de l’autonomie émotionnelle (aller chercher seul son doudou pour se rassurer). Certains enfants ont besoin de ce support plus souvent ou plus longtemps que d’autres, et il est important de respecter ce rythme. Supprimer ou restreindre l’accessibilité du doudou à un enfant qui n’est pas encore prêt risque de renforcer son insécurité, et ne va généralement pas accélérer son processus d’intériorisation de ce qui le rassure.

Conditions favorables à un mode d’attachement de qualité dans une garde non parentale :

  • Stabilité et personnalisation (référent) de la relation (l’enfant est « un » parmi le groupe, mais également unique dans son identité. La relation avec chaque enfant est donc personnalisée).
  • Ajustement individualisé aux besoins de l’enfant
  • Place des adultes entourant l’enfant clairement située
  • Taille modérée et environnement matériel agréable (espace, bruit…)
  • Satisfaction des parents par rapport à ce mode de garde (représentation de leur rôle/de celui de la personne qui garde l’enfant ; statut accordé à leur identité parentale/professionnelle…)
  • Politique du pays en matière familiale, de soutien à l’emploi des femmes et aux gardes alternatives.

La gestion des émotions

Cet engagement émotionnel de l’adulte n’est pas simple car les émotions des tout-petits sont intenses voire envahissantes. Elles viennent aussi parfois rencontrer nos propres émotions ou expériences. On peut être agacé, se sentir coupable, pas à la hauteur. C’est souvent ce qui nous pousse à distraire l’enfant de ses émotions, à les ignorer : on cherche à s’en protéger. Mais l’enfant a besoin de l’adulte sinon il se sent abandonné. Ce n’est pas pour punir un enfant qu’on lui demande de s’assoir au calme dans un coin ou près de nous, mais bien pour qu’il s’apaise. L’adulte n’est pas un juge de l’enfant, mais un allié résolument de son côté. Passer le relai à un autre adulte peut s’avérer utile si l’on se sent trop dépassé par ce que l’enfant nous fait vivre. Cela ne remet pas en question notre qualité de professionnel. Au contraire, c’est une façon de protéger l’enfant, et soi-même.

Notons que la capacité à dissimuler des émotions n’apparaît pas avant 3 – 4 ans. Avant, le cerveau des enfants n’est pas suffisamment mature et développé pour le faire. Lorsqu’un enfant témoigne d’une émotion, cela signifie donc que c’est un acte physiologique automatique et difficilement contrôlable pour lui. Notre rôle est donc de l’accompagner dans ses émotions, afin qu’il apprenne à les apprivoiser.

Peu à peu l’enfant trouve d’autres moyens pour s’exprimer, il se sert de plus en plus des modes symboliques : il utilise le jeu puis la parole, son comportement change. Le rôle de l’adulte ici est de lui laisser de la place et du temps, de l’engager à parler plutôt qu’à agir. On peut même concevoir de le laisser faire des jeux violents (qui ne portent pas atteinte aux autres enfants ni à lui-même bien sûr), comme malmener la poupée. Les adultes non plus ne doivent pas se sentir seuls. Ils doivent pouvoir compter sur une équipe : partager pour ne pas être démunis, penser ensemble, être accueillis sans jugement… comme le tout-petit.

Rappel sur les gestes et attitudes à adopter ou non en tant que professionnels auprès des enfants

Tout d’abord, rappelons ce que sont des violences psychologiques auprès des enfants : ce sont toutes les agressions verbales, les dévalorisations, les humiliations, les rejets, exigences excessives, menaces, tout ce qui dénigre l’intérêt de l’enfant. Tout enfant a besoin d’être respecté dans ses besoins et ses désirs spécifiques en tant qu’individu unique en devenir et être humain à part entière, partenaire actif de son développement avec tous ceux qui l’entourent.

La bientraitance, c’est respecter, expliquer, mettre des mots sur leur ressenti, être à
l’écoute des besoins et du rythme de l’enfant dans sa globalité. Afin d’être dans la bientraitance envers les enfants, les professionnels doivent pouvoir nommer leurs émotions et leurs doutes, et donner du sens aux actions qu’ils réalisent.

Quels sont les avantages d’expliquer les choses aux enfants ?

  • Considération de l’enfant comme une personne à part entière, comme reconnaissance comme interlocuteur
  • Montre l’intérêt/attention de l’adulte sur le point de vue de l’enfant (effort de justification/persuasion…)
  • En explicitant les motifs de ses pratiques (ex : interdiction, règles…) à transmission de valeurs et mise en sens pour l’enfant
  • Attitude de responsabilisation et d’autonomisation
  • Donner confiance à l’enfant dans ses capacités de contrôle

Chaque enfant a une identité propre, et un surnom relève du domaine de sa vie privée. Il est donc important de nommer l’enfant par le prénom que ses parents lui ont donné.

De la même façon, le bisou appartient au domaine de l’intime. Il peut être donné si l’enfant le demande, mais ne doit pas être imposé par l’adulte.

Il peut être difficile de trouver la bonne distance par rapport à l’enfant en tant que professionnel(le) travaillant au quotidien avec celui-ci. Il est donc important de toujours s’interroger quant à notre place au sein de la vie de ces enfants, place qui est avant tout celle de professionnel(le)s. En cas d’interrogation, doute, ou difficulté, ne pas hésiter à se tourner vers la psychologue ou l’EJE afin de discuter votre positionnement, en toute bienveillance.

POINTS SUR LE DEVELOPPEMENT DU JEUNE ENFANT

Communication et compréhension sociale :

 COMMUNICATIONCOMPREHENSION SOCIALE
0 – 6 moisAccordages sensori-moteurs soi/autrui, différenciation des moyens expressifsDistinction objet/personnesDiscriminations (perceptives) des émotions
6 – 12 moisCommunication émotionnelle  (diversification et conventionnalisation)
+ attachement
Différenciation des significations émotionnelles ; de personnes à valence spécifique
9 – 24 moisFormats d’interaction, mise en forme des moyens de communiquer ses intentions (non-verbaux puis verbaux)Début de prise en compte implicite des états mentaux

Etapes de la prise en compte des états mentaux

  • 0 – 9 mois : Accordage sensori-moteur et partage d’états psychologiques chez le nourrisson (base de l’empathie ?) (exemple : contagion émotionnelle, écho des pleurs…)
  • 9 – 30 mois : prise en compte implicite des états mentaux dans des actes de communication intentionnels
  • 30 – 36 mois : début de distinction plus explicite d’un monde mental
  • 3 – 4 ans : Accès à une théorie de l’esprit explicite
  • 7 – 8 ans : Complexification des théories de l’esprit

Etapes de la communication :

  • 9 mois : Attention conjointe
  • 9 – 12 mois : Taquineries, blagues
  • 18 mois : Prise en compte du désir distinct (l’enfant va tendre l’objet du désir de l’autre, même s’il est différent de son propre désir. Avant, l’enfant va donner à l’autre ce qui lui aurait fait plaisir à lui-même et pas forcément à l’autre)
  • 20 mois : Faire semblant avec autrui (jeu symbolique)
  • 24 mois : Offres d’aide ou de réconfort (projection vers 2 ans, début de décentration vers 3 ans)
  • 30 mois : Ruses et tromperies
  • 24 – 30 mois : Négociation lors de désaccords (et recherche de compromis)

Dès 20 – 24 mois, l’enfant insiste moins si l’opposition d’un partenaire est accompagnée d’une justification. L’enfant est donc capable d’entendre les explications et arguments, il est alors d’autant plus important de les lui fournir lorsqu’on lui demande quelque chose (expliquer les interdits…).

Développement socio-affectif

1 moisil aime et recherche le contact physique et le toucher; il adapte ses expressions aux situations qui provoquent des émotions. Par exemple, il réagit favorablement au confort et au bien-être alors qu’il pleure lorsqu’il ressent de la douleur ou de l’inconfort.
2 moisil manifeste des émotions primaires comme la douleur, le dégoût ou le plaisir; il sera en mesure de communiquer ses sentiments par des crises de larmes ou en émettant différents sons. Par exemple, il manifeste sa joie en faisant de petits sons rauques; il sait exprimer ses malaises. Par exemple, il s’agite au son d’un bruit intense; il peut se calmer tout seul en suçant son doigt ou sa suce; il aime être cajolé, et les manifestations d’affection le rassurent.
3 moisil commence à entrer en relation avec les autres, entre autres par le sourire et le rire; il vous parle à sa façon en produisant une succession de petits sons, par exemple de petits cris aigus; il réagit à la présence de personnes familières et peut se mettre à pleurer ou arrêter de pleurer selon la personne qui le tient dans ses bras, surtout lorsqu’il s’agit de sa mère.
4 moisil s’agite ou pleure pour attirer l’attention des adultes de son entourage ou lorsqu’il perd leur attention ou un jouet; il bâille et arque le dos ou détourne la tête lorsqu’il en a assez ou qu’il y a trop de bruit; il sourit volontairement aux gens qui l’entourent et ne se limite plus à fixer leur visage; il reconnaît le parent qui s’occupe principalement de lui; il s’intéresse à son parent lorsque celui-ci varie le rythme de sa voix; il manifeste son impatience ou son enthousiasme en respirant bruyamment; il se montre méfiant (arrête de gazouiller et de sourire) ou apeuré (s’agite), se détourne et se blottit alors contre son parent lorsqu’une nouvelle personne vient dans sa direction; il cesse de pleurer au son de la voix de ses parents ou de celle de sa gardienne.
5 moisil est conscient de la présence de personnes qu’il ne connaît pas et peut alors se montrer méfiant; il s’accroche à son parent lorsqu’il est dans ses bras; il anticipe peu à peu les événements. Par exemple, quand sa mère s’approche de lui, il devine que c’est l’heure du boire; il manifeste ses émotions de façon plus marquée; il repousse quelqu’un qui lui fait quelque chose qu’il n’aime pas comme lui moucher le nez.
6 moisil exprime davantage sa joie ou sa frustration, par exemple en gloussant de joie; il réagit parfois au timbre émotif de la voix de ses parents; il fait la distinction entre les personnes de son entourage; il sourit quand il voit des personnes qu’il connaît et exprime son malaise devant les gens qu’il ne connaît pas; il commence à se calmer tout seul après avoir été perturbé; il montre clairement ses préférences pour les aliments; il peut être content de jouer seul pendant un moment avec quelques jouets dans son lit ou son parc.
7 à 9 moisil sait très bien ce qu’il veut ou ne veut pas faire; il ne sourit plus à n’importe quel visage, car il distingue les personnes connues des personnes inconnues; il suit son parent, veut rester près de lui et vit de l’anxiété lorsqu’il en est séparé, manifestant ainsi son attachement envers les personnes qui prennent soin de lui; il se montre effrayé devant de nouvelles expériences, et s’agite ou pleure lorsque l’apparence ou le comportement de son parent est différent; il rit beaucoup parce qu’il découvre qu’il peut le faire à sa guise; il peut avoir un objet préféré (doudou, toutou) qu’il associe à son parent, que ce dernier soit absent ou non; il semble inquiet et sursaute lorsqu’il entend un bruit intense, comme un ballon qui éclate ou un aspirateur en marche, ou lorsqu’on prend une grosse voix.
10 à 12 moisil arrive peu à peu à aller chercher du réconfort lorsqu’il est perturbé, par exemple il tend les bras pour qu’on le prenne; il sait se montrer triste, joyeux, fâché, apeuré, blessé ou mal à l’aise et sait reconnaître ces émotions chez les autres; il reconnaît de mieux en mieux les différences entre les personnes et commence à les imiter; il sait communiquer son besoin constant d’être vu et entendu par un adulte; il témoigne son affection à l’aide de câlins, de bisous, de caresses et de sourires; il ne manifeste pas de peur devant un enfant qu’il ne connaît pas.
1 an à 1 an ½il développe sa confiance en lui, explore, tente de nouvelles expériences et prend des risques lorsqu’un adulte de confiance comme un parent, un grand-parent ou une éducatrice l’accompagne et le rassure; il aime regarder les images d’un livre et est en mesure d’en reconnaître quelques-unes en les pointant si on le lui demande; il se reconnaît dans un miroir ou sur une photo et reconnaît qu’il est une personne à part entière; il donne des câlins et des bisous à ses parents, aux autres personnes de son entourage immédiat et aux animaux de compagnie; il aime monopoliser l’attention de son entourage.
1 an ½ à 2 ansil commence à montrer une plus grande gamme d’émotions parce qu’il est en train de construire sa personnalité; il peut avoir des sautes d’humeur et adopte certains comportements agressifs comme mordre et frapper; il se préoccupe des autres; il montre qu’il a peur, mais il est capable de se calmer lorsqu’on le réconforte; il est tiraillé entre son besoin d’autonomie et sa dépendance à certaines choses; il défie les personnes de son entourage (parents, éducatrice, etc.), par exemple en sautant sur son lit même s’il sait que cela n’est pas permis; il se méfie toujours des adultes qu’il ne connaît pas, mais il peut accepter de jouer avec un inconnu pourvu qu’une personne de son entourage soit présente.
2 ans à 2 ans ½il peut encore être attaché à un animal en peluche ou à son jouet préféré; il joue à faire semblant et il attribue des sentiments et des intentions aux objets comme son toutou; il impose sa façon de faire la plupart du temps, car il est en quête d’autonomie; il se sent sécurisé par les moments de routine; il reconnaît peu à peu son sexe et sait s’il est un garçon ou une fille; il communique ce qu’il ressent par le langage et il aime jouer avec les mots. Par exemple, il rugit comme un lion en colère et il trouve amusant de changer le nom des personnes ou de ses jouets.
2 ans ½ à 3 ansil est en mesure de s’opposer clairement lorsqu’un changement de routine trop important le dérange; il arrive de plus en plus à montrer de l’empathie, car il tente de comprendre ce que les autres enfants ressentent et d’y réagir. Par exemple, il console un ami qui pleure en lui tapotant le dos; il se sent de plus en plus à l’aise en présence d’inconnus; il veut être autonome et prend de plus en plus d’initiatives, mais comme il craint les nouvelles expériences, l’accompagnement d’un adulte est toujours nécessaire; il cherche l’approbation des autres et leurs encouragements.

La morsure

L’enfant qui mord… Comment réagir ?

La morsure fait partie des problématiques que l’on rencontre chaque année en crèche… elle suscite souvent des réactions et des questionnements, de la part des familles acomme de la part des professionnelles.
Que ce soit l’enfant qui mord ou celui mordu, cela soulève les questions :

  • « Pourquoi mord-il » ?
  • « Pourquoi est ce que mon enfant est toujours « victime » de morsures ?

Cette question du « pourquoi » est redondante… elle remet souvent en cause les équipes de professionnelles, parfois démunies, qui se demandent alors : Comment réagir ? Que mettre en place ?

            La morsure fait partie d’une période normale de leur développement, même si tous les enfants ne mordent pas. La bouche est très utilisée de la naissance à deux ans environ, elle est un moyen de découvrir et comprendre l’environnement, les objets, les autres. 

            Le jeune enfant n’est pas encore décentré, il n’est pas capable de comprendre l’impact de ses actions sur le ressenti de l’autre. Il comprend et explore la relation de cause à effet « je mords à l’autre pleure » mais ne peut pas mentaliser l’impact émotionnel de son action. Il n’a donc pas d’intention de faire mal à autrui, il ne s’agit jamais de méchanceté.

Pourquoi les jeunes enfants mordent ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que la morsure est fréquente en crèche, tant l’utilisation de la bouche est un outil, une source sensorielle. A travers la bouche, les enfants ressentent des sensations qui peuvent être similaires à celles du toucher. Elle est privilégiée par le jeune enfant pour découvrir le monde, les personnes et les objets. La morsure, c’est un acte impulsif, que l’enfant ne maîtrise pas. Elle peut traduire différentes choses, en fonction du contexte. Plusieurs explications sont possibles lorsqu’un enfant mord.

  • Illustration Of A Young Baby Boy Chewing An Ice Teething Toy Stock Photo,  Picture And Royalty Free Image. Image 106699269.Il a mal aux dents

En période de poussée dentaire, le bébé peut souffrir au niveau de ses gencives. Mordre est une manière de soulager sa douleur. A défaut d’avoir un objet à mordre, il peut mordre ce qui est le plus proche de lui et parfois c’est un autre enfant. Il ne mord pas l’autre pour lui faire mal mais pour se soulager.

  • Il aime

« Je mange ce que j’aime, je recrache ce que je n’aime pas ».

La morsure peut être un acte d’amour. Certains bébé mordent leurs parents, non pas pour leur manifester de l’agressivité, mais pour les « manger d’amour ».

Les parents n’ont-ils pas parfois ces expressions « Je te croquerais bien ? », « Tu es à croquer » ?

Pour le bébé c’est la même chose, il veut dévorer sa mère ou son père, sauf que ce n’est pas imagé, mais bien concret pour lui. Il approche sa bouche comme pour faire un bisou, mais ne sachant pas comment faire ce bisou, il croque. C’est une pulsion d’amour.

  • Il n’a pas encore acquis le langage

Pourquoi les tout-petits mordent-ils ?L’enfant n’ayant pas encore acquis le langage utilise son corps pour s’exprimer. Ainsi, la morsure peut être liée à ce besoin de dire à l’autre qu’il n’est pas d’accord, pas content, ou frustré. Le bébé a peu d’autres moyens de communication. Nous constatons souvent que lorsqu’un enfant a les mots pour dire les choses, les morsures s’atténuent jusqu’à cesser complètement.

Verbaliser à l’enfant ce qui lui arrive va permettre qu’il prenne petit a petit conscience de ses actes, et le rassurer. Il n’est pas seul face à ce qui lui arrive, cela participe à sa sécurité affective. L’adulte est présent pour l’accompagner dans les émotions qui le traversent.

  • Il veut le jouet d’un autre enfant

Lorsqu’un enfant veut absolument le jouet que possède un autre enfant et que celui ci ne veut pas le lâcher, il le mord afin de l’obtenir. N’ayant peut-être pas encore le langage et étant pris par l’émotion, l’enfant agit par son corps : en poussant, tapant, ou en mordant.

Fille Enfant Garçon Frère Et Une Soeur Se Disputant Jouet Vecteurs libres  de droits et plus d&#39;images vectorielles de Adolescent - iStockLes jeux sont fréquemment sources de conflits entre enfants, et c’est souvent pendant ces moments là que l’agressivité entre enfants s’exprime. En effet, si les interactions entre enfants peuvent être positives (des enfants qui jouent ensemble ou à côté, des rires, des cris, etc.…) elles peuvent également être négatives. La rencontre de l’ « autre » est toute nouvelle pour l’enfant qui ne sait pas trop comment l’appréhender, elle peut être génératrice de colère.

Les jeux sont souvent l’occasion de bousculades et de conflits de territoire mais aussi d’excitation affectueuse. D’autant que les lois humaines, telles que ne pas faire mal ni à autrui ni à soi-même sont en cours d’intériorisation et d’apprentissage. C’est ce qu’on appelle le processus de socialisation. Les enfants découvrent l’environnement dans lequel ils vivent, ils apprennent peu à peu à réguler leurs émotions, leurs affects, les relations avec les autres et leurs frustrations liées aux interdits.

  • Il a besoin d’une attention particulière

La morsure peut s’expliquer lorsqu’un enfant est confronté à des changements, que ce soit dans sa vie familiale ou dans la collectivité. Les changements de repères génèrent chez certains de l’angoisse. Avoir des comportements agressifs, et notamment mordre, peut alors être un moyen d’exprimer un malaise. L’enfant va solliciter l’adulte de cette manière. Un déménagement, l’arrivée d’un petit frère ou petite sœur, un parent qui s’absente beaucoup…. peuvent entrainer un sentiment d’insécurité, de la jalousie aussi.

Parfois, lorsqu’un enfant mord beaucoup dans une journée et que cela se répète dans la durée, c’est qu’il a un besoin d’attention plus important qu’avant. Dans la collectivité, il n’est pas seul, et mordre, tout comme taper, pousser, peuvent être des signes d’un besoin d’une attention particulière. Les enfants savent comment solliciter le regard de l’adulte et son attention. De cette manière, même si l’adulte réagit négativement, l’enfant sait qu’il capte l’attention de l’adulte.

 L’enfant a peut être tout simplement besoin d’être davantage regardé, observé, câliné à un moment donné. L’adulte permet à l’enfant de se sécuriser. Parfois un simple regard de l’adulte suffit à apaiser l’enfant, ce qui lui permet de repartir dans son jeu. Avoir son doudou et/ou sa tétine (s’il en a), peut lui permettre de réguler petit à petit par lui-même ses émotions.

  • Il est pris par une pulsion

Le bébé ne peut encore contrôler ses pulsions. Face à une frustration, l’enfant est submergé de tension et a soudainement une réaction brutale, qu’il ne peut contrôler.

En crèche, il y a de nombreuses frustrations : contraintes de temps, d’espace, partager les jouets, attendre son tour, les relations avec les autres enfants…

La collectivité demande un temps d’adaptation… Ces frustrations peuvent ainsi mener les enfants à réagir de manière agressive. D’autant que le langage est en construction et que l’enfant n’a pas les mots pour exprimer ce qu’il ressent. Il ne sait peut-être même pas ce qu’il ressent tant les morsures sont liées à une pulsion incontrôlée.

Quelques idées de réponses :

Un enfant qui mord ne veut absolument pas dire qu’il est mauvais, pas gentil, « violent », comme nous pouvons parfois l’entendre. D’ailleurs seul son acte est répréhensible. Il est essentiel de ne pas stigmatiser un enfant comme étant « l’enfant mordeur », le « méchant »… car plus il sera qualifié comme tel, plus il risque de s’enfermer dans ces comportements-là. Il est important de se dire que l’enfant est en construction et qu’il doit apprendre à gérer et contrôler ses émotions autrement. C’est en l’accompagnant qu’il sera en capacité d’intégrer les règles et codes sociaux, et non en le réprimant, lui qui a tout à découvrir, dans ses relations avec les autres notamment.

FacebookCertains parents pensent que mordre l’enfant en retour, lui montrera que cela fait mal et donc qu’il ne faut pas le faire. L’adulte est le modèle de l’enfant, et l’enfant imite les adultes qui s’occupent de lui. Si un enfant est mordu en retour, cela lui montrera que c’est un moyen de régler un problème, que cela est permis. Même si le contraire lui est dit, l’enfant retient tout aussi bien les actes. Ce n’est donc pas la solution pour faire comprendre à l’enfant que c’est interdit, car l’enfant risque alors de se sentir perdu face à ces signaux contradictoires.

En outre, il ne sert à rien de stigmatiser, exclure ou gronder l’enfant qui mord, bien au contraire, il a besoin d’une attitude bienveillante. Il n’est pas question de le féliciter de son acte, mais il a tout autant besoin d’être consolé que l’enfant mordu. En effet cette action le dépasse souvent, et il n’a pas conscience du mal qu’il fait. Il a besoin que le lien affectif soit consolidé, afin de pouvoir développer une vision empathique avec les autres. L’enfant qui fait l’action a aussi besoin de trouver du réconfort et de la compréhension de la part de l’adulte. Il est souvent dépassé par ses pulsions et a besoin que l’on mette des mots et l’accompagne. On lui signale cependant toujours l’interdiction, de mordre en l’occurrence.

Le rôle de l’adulte est alors de signifier à l’enfant qu’il a le droit d’être en colère, de se sentir malheureux, de ne pas supporter certaines situations, mais qu’il n’a pas le droit de faire mal aux autres. A la crèche nous verbalisons beaucoup et nous émettons des hypothèses sur ce qui l’a amené à mordre. Nous mettons des mots sur ses actions, nous lui expliquons l’interdit, et essayons de trouver des moyens pour qu’il agisse autrement.

Kids Sharing White Background Images, Stock Photos &amp; Vectors | ShutterstockPour l’aider à développer ses capacités d’empathie, nous pouvons proposer à l’enfant qui a mordu de nous aider à consoler ou soigner l’enfant mordu, en lui demandant d’apporter le doudou de l’enfant par exemple. Cela doit se faire avec le consentement de chacun des enfants et jamais comme une obligation.

Avoir une attitude bienveillante et non de rejet

Nous concevons que cela n’est pas évident, mais il est nécessaire de garder son calme autant que possible, d’être en capacité de prendre du recul et de ne pas se laisser prendre par une vision négative de l’enfant. Il est essentiel de réagir sans violence, verbaliser les situations, même lorsque cela est répétitif. Certains enfants mordent beaucoup dans une journée, cela peut être un appel à l’attention, dans cette collectivité où il n’y a pas que lui. Dans ces cas là, un adulte qui reste disponible pour cet enfant peut être nécessaire, pendant une période, afin que l’enfant se sente suffisamment sécurisé et pris en considération en tant qu’être unique parmi le groupe.

Proposer à l’enfant de basculer son comportement sur un objet (par exemple taper ou mordre une poupée) n’est pas forcément recommandé, car cela risque de le conditionner à avoir un acte impulsif lorsqu’il est en colère.

S’il s’agit d’une tentative de sociabilisation maladroite, mieux vaut montrer par exemple à l’enfant comment entrer en contact avec l’autre en le prenant par la main pour faire une caresse.

Si l’enfant est en colère, il est possible de le prendre dans les bras s’il est d’accord et l’inciter à décharger son émotion par un câlin, en l’aidant à se détendre. En effet, lorsqu’un enfant est en colère, son cerveau est sous stress et produit une hormone appelée cortisol. L’antidote à cette hormone du stress est l’ocytocine, hormone sécrétée entre autres par le lien social, les marques d’affection, comme les câlins. Si on ne permet pas au cerveau de se libérer du stress, l’enfant risque alors de recommencer. L’ocytocine fonctionne comme un anxiolytique, amenant l’enfant à s’apaiser.

Dans tous les cas, aucun acte de morsure ne doit rester sans tentatives d’explications et propositions de réponses.

Les morsures ne sont que passagères, et durent plus ou moins longtemps en fonction de l’accompagnement proposé, du caractère de l’enfant, et du contexte dans lequel il évolue. Il s’agit d’une réflexion en équipe et avec les parents pour chaque situation, car toutes les morsures ne s’expliquent pas de la même manière, tous les enfants n’ont pas les mêmes besoins et « raisons » de mordre.

Parents – professionnels : un dialogue nécessaire

La réaction des parents peut être parfois intense, et cela peut s’entendre et se comprendre, car il est difficile de voir son enfant marqué par une morsure, ou inversement, de savoir que son enfant mord. Dans tous les cas, les morsures génèrent des réactions, souvent de l’angoisse, et peuvent être sources de tensions entre parents et professionnelles. Lorsque les morsures sont trop nombreuses, elles incitent les professionnelles à une remise en question sur l’aménagement de l’espace, les jeux proposés, l’organisation et l’accompagnement des enfants. Tout cela est réfléchi. Des solutions sont cherchées pour pouvoir accompagner l’enfant, la famille, mais aussi pour créer une atmosphère qui ne soit pas génératrice d’agressivité. Il est important pour les familles de pouvoir exprimer leurs ressentis, et il est tout aussi important pour les professionnelles de ne pas culpabiliser et de susciter l’échange avec les familles. Lorsqu’un dialogue est créé, la confiance peut rester intacte, et les solutions peuvent être recherchées et trouvées ensemble. Parfois, rien que le fait d’en discuter résout naturellement les problématiques qui se présentent, car l’enfant sent qu’il est pris en considération… Alors, parlons-en lors des temps d’échange au quotidien, afin de pouvoir accompagner l’enfant au mieux.

La morsure

L’enfant qui mord… Comment réagir ?

La morsure fait partie des problématiques que l’on rencontre chaque année en crèche… elle suscite souvent des réactions et des questionnements, de la part des familles acomme de la part des professionnelles.
Que ce soit l’enfant qui mord ou celui mordu, cela soulève les questions :

  • « Pourquoi mord-il » ?
  • « Pourquoi est ce que mon enfant est toujours « victime » de morsures ?

Cette question du « pourquoi » est redondante… elle remet souvent en cause les équipes de professionnelles, parfois démunies, qui se demandent alors : Comment réagir ? Que mettre en place ?

            La morsure fait partie d’une période normale de leur développement, même si tous les enfants ne mordent pas. La bouche est très utilisée de la naissance à deux ans environ, elle est un moyen de découvrir et comprendre l’environnement, les objets, les autres. 

            Le jeune enfant n’est pas encore décentré, il n’est pas capable de comprendre l’impact de ses actions sur le ressenti de l’autre. Il comprend et explore la relation de cause à effet « je mords à l’autre pleure » mais ne peut pas mentaliser l’impact émotionnel de son action. Il n’a donc pas d’intention de faire mal à autrui, il ne s’agit jamais de méchanceté.

Pourquoi les jeunes enfants mordent ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que la morsure est fréquente en crèche, tant l’utilisation de la bouche est un outil, une source sensorielle. A travers la bouche, les enfants ressentent des sensations qui peuvent être similaires à celles du toucher. Elle est privilégiée par le jeune enfant pour découvrir le monde, les personnes et les objets. La morsure, c’est un acte impulsif, que l’enfant ne maîtrise pas. Elle peut traduire différentes choses, en fonction du contexte. Plusieurs explications sont possibles lorsqu’un enfant mord.

  • Illustration Of A Young Baby Boy Chewing An Ice Teething Toy Stock Photo,  Picture And Royalty Free Image. Image 106699269.Il a mal aux dents

En période de poussée dentaire, le bébé peut souffrir au niveau de ses gencives. Mordre est une manière de soulager sa douleur. A défaut d’avoir un objet à mordre, il peut mordre ce qui est le plus proche de lui et parfois c’est un autre enfant. Il ne mord pas l’autre pour lui faire mal mais pour se soulager.

  • Il aime

« Je mange ce que j’aime, je recrache ce que je n’aime pas ».

La morsure peut être un acte d’amour. Certains bébé mordent leurs parents, non pas pour leur manifester de l’agressivité, mais pour les « manger d’amour ».

Les parents n’ont-ils pas parfois ces expressions « Je te croquerais bien ? », « Tu es à croquer » ?

Pour le bébé c’est la même chose, il veut dévorer sa mère ou son père, sauf que ce n’est pas imagé, mais bien concret pour lui. Il approche sa bouche comme pour faire un bisou, mais ne sachant pas comment faire ce bisou, il croque. C’est une pulsion d’amour.

  • Il n’a pas encore acquis le langage

Pourquoi les tout-petits mordent-ils ?L’enfant n’ayant pas encore acquis le langage utilise son corps pour s’exprimer. Ainsi, la morsure peut être liée à ce besoin de dire à l’autre qu’il n’est pas d’accord, pas content, ou frustré. Le bébé a peu d’autres moyens de communication. Nous constatons souvent que lorsqu’un enfant a les mots pour dire les choses, les morsures s’atténuent jusqu’à cesser complètement.

Verbaliser à l’enfant ce qui lui arrive va permettre qu’il prenne petit a petit conscience de ses actes, et le rassurer. Il n’est pas seul face à ce qui lui arrive, cela participe à sa sécurité affective. L’adulte est présent pour l’accompagner dans les émotions qui le traversent.

  • Il veut le jouet d’un autre enfant

Lorsqu’un enfant veut absolument le jouet que possède un autre enfant et que celui ci ne veut pas le lâcher, il le mord afin de l’obtenir. N’ayant peut-être pas encore le langage et étant pris par l’émotion, l’enfant agit par son corps : en poussant, tapant, ou en mordant.

Fille Enfant Garçon Frère Et Une Soeur Se Disputant Jouet Vecteurs libres  de droits et plus d&#39;images vectorielles de Adolescent - iStockLes jeux sont fréquemment sources de conflits entre enfants, et c’est souvent pendant ces moments là que l’agressivité entre enfants s’exprime. En effet, si les interactions entre enfants peuvent être positives (des enfants qui jouent ensemble ou à côté, des rires, des cris, etc.…) elles peuvent également être négatives. La rencontre de l’ « autre » est toute nouvelle pour l’enfant qui ne sait pas trop comment l’appréhender, elle peut être génératrice de colère.

Les jeux sont souvent l’occasion de bousculades et de conflits de territoire mais aussi d’excitation affectueuse. D’autant que les lois humaines, telles que ne pas faire mal ni à autrui ni à soi-même sont en cours d’intériorisation et d’apprentissage. C’est ce qu’on appelle le processus de socialisation. Les enfants découvrent l’environnement dans lequel ils vivent, ils apprennent peu à peu à réguler leurs émotions, leurs affects, les relations avec les autres et leurs frustrations liées aux interdits.

  • Il a besoin d’une attention particulière

La morsure peut s’expliquer lorsqu’un enfant est confronté à des changements, que ce soit dans sa vie familiale ou dans la collectivité. Les changements de repères génèrent chez certains de l’angoisse. Avoir des comportements agressifs, et notamment mordre, peut alors être un moyen d’exprimer un malaise. L’enfant va solliciter l’adulte de cette manière. Un déménagement, l’arrivée d’un petit frère ou petite sœur, un parent qui s’absente beaucoup…. peuvent entrainer un sentiment d’insécurité, de la jalousie aussi.

Parfois, lorsqu’un enfant mord beaucoup dans une journée et que cela se répète dans la durée, c’est qu’il a un besoin d’attention plus important qu’avant. Dans la collectivité, il n’est pas seul, et mordre, tout comme taper, pousser, peuvent être des signes d’un besoin d’une attention particulière. Les enfants savent comment solliciter le regard de l’adulte et son attention. De cette manière, même si l’adulte réagit négativement, l’enfant sait qu’il capte l’attention de l’adulte.

 L’enfant a peut être tout simplement besoin d’être davantage regardé, observé, câliné à un moment donné. L’adulte permet à l’enfant de se sécuriser. Parfois un simple regard de l’adulte suffit à apaiser l’enfant, ce qui lui permet de repartir dans son jeu. Avoir son doudou et/ou sa tétine (s’il en a), peut lui permettre de réguler petit à petit par lui-même ses émotions.

  • Il est pris par une pulsion

Le bébé ne peut encore contrôler ses pulsions. Face à une frustration, l’enfant est submergé de tension et a soudainement une réaction brutale, qu’il ne peut contrôler.

En crèche, il y a de nombreuses frustrations : contraintes de temps, d’espace, partager les jouets, attendre son tour, les relations avec les autres enfants…

La collectivité demande un temps d’adaptation… Ces frustrations peuvent ainsi mener les enfants à réagir de manière agressive. D’autant que le langage est en construction et que l’enfant n’a pas les mots pour exprimer ce qu’il ressent. Il ne sait peut-être même pas ce qu’il ressent tant les morsures sont liées à une pulsion incontrôlée.

Quelques idées de réponses :

Un enfant qui mord ne veut absolument pas dire qu’il est mauvais, pas gentil, « violent », comme nous pouvons parfois l’entendre. D’ailleurs seul son acte est répréhensible. Il est essentiel de ne pas stigmatiser un enfant comme étant « l’enfant mordeur », le « méchant »… car plus il sera qualifié comme tel, plus il risque de s’enfermer dans ces comportements-là. Il est important de se dire que l’enfant est en construction et qu’il doit apprendre à gérer et contrôler ses émotions autrement. C’est en l’accompagnant qu’il sera en capacité d’intégrer les règles et codes sociaux, et non en le réprimant, lui qui a tout à découvrir, dans ses relations avec les autres notamment.

FacebookCertains parents pensent que mordre l’enfant en retour, lui montrera que cela fait mal et donc qu’il ne faut pas le faire. L’adulte est le modèle de l’enfant, et l’enfant imite les adultes qui s’occupent de lui. Si un enfant est mordu en retour, cela lui montrera que c’est un moyen de régler un problème, que cela est permis. Même si le contraire lui est dit, l’enfant retient tout aussi bien les actes. Ce n’est donc pas la solution pour faire comprendre à l’enfant que c’est interdit, car l’enfant risque alors de se sentir perdu face à ces signaux contradictoires.

En outre, il ne sert à rien de stigmatiser, exclure ou gronder l’enfant qui mord, bien au contraire, il a besoin d’une attitude bienveillante. Il n’est pas question de le féliciter de son acte, mais il a tout autant besoin d’être consolé que l’enfant mordu. En effet cette action le dépasse souvent, et il n’a pas conscience du mal qu’il fait. Il a besoin que le lien affectif soit consolidé, afin de pouvoir développer une vision empathique avec les autres. L’enfant qui fait l’action a aussi besoin de trouver du réconfort et de la compréhension de la part de l’adulte. Il est souvent dépassé par ses pulsions et a besoin que l’on mette des mots et l’accompagne. On lui signale cependant toujours l’interdiction, de mordre en l’occurrence.

Le rôle de l’adulte est alors de signifier à l’enfant qu’il a le droit d’être en colère, de se sentir malheureux, de ne pas supporter certaines situations, mais qu’il n’a pas le droit de faire mal aux autres. A la crèche nous verbalisons beaucoup et nous émettons des hypothèses sur ce qui l’a amené à mordre. Nous mettons des mots sur ses actions, nous lui expliquons l’interdit, et essayons de trouver des moyens pour qu’il agisse autrement.

Kids Sharing White Background Images, Stock Photos &amp; Vectors | ShutterstockPour l’aider à développer ses capacités d’empathie, nous pouvons proposer à l’enfant qui a mordu de nous aider à consoler ou soigner l’enfant mordu, en lui demandant d’apporter le doudou de l’enfant par exemple. Cela doit se faire avec le consentement de chacun des enfants et jamais comme une obligation.

Avoir une attitude bienveillante et non de rejet

Nous concevons que cela n’est pas évident, mais il est nécessaire de garder son calme autant que possible, d’être en capacité de prendre du recul et de ne pas se laisser prendre par une vision négative de l’enfant. Il est essentiel de réagir sans violence, verbaliser les situations, même lorsque cela est répétitif. Certains enfants mordent beaucoup dans une journée, cela peut être un appel à l’attention, dans cette collectivité où il n’y a pas que lui. Dans ces cas là, un adulte qui reste disponible pour cet enfant peut être nécessaire, pendant une période, afin que l’enfant se sente suffisamment sécurisé et pris en considération en tant qu’être unique parmi le groupe.

Proposer à l’enfant de basculer son comportement sur un objet (par exemple taper ou mordre une poupée) n’est pas forcément recommandé, car cela risque de le conditionner à avoir un acte impulsif lorsqu’il est en colère.

S’il s’agit d’une tentative de sociabilisation maladroite, mieux vaut montrer par exemple à l’enfant comment entrer en contact avec l’autre en le prenant par la main pour faire une caresse.

Si l’enfant est en colère, il est possible de le prendre dans les bras s’il est d’accord et l’inciter à décharger son émotion par un câlin, en l’aidant à se détendre. En effet, lorsqu’un enfant est en colère, son cerveau est sous stress et produit une hormone appelée cortisol. L’antidote à cette hormone du stress est l’ocytocine, hormone sécrétée entre autres par le lien social, les marques d’affection, comme les câlins. Si on ne permet pas au cerveau de se libérer du stress, l’enfant risque alors de recommencer. L’ocytocine fonctionne comme un anxiolytique, amenant l’enfant à s’apaiser.

Dans tous les cas, aucun acte de morsure ne doit rester sans tentatives d’explications et propositions de réponses.

Les morsures ne sont que passagères, et durent plus ou moins longtemps en fonction de l’accompagnement proposé, du caractère de l’enfant, et du contexte dans lequel il évolue. Il s’agit d’une réflexion en équipe et avec les parents pour chaque situation, car toutes les morsures ne s’expliquent pas de la même manière, tous les enfants n’ont pas les mêmes besoins et « raisons » de mordre.

Parents – professionnels : un dialogue nécessaire

La réaction des parents peut être parfois intense, et cela peut s’entendre et se comprendre, car il est difficile de voir son enfant marqué par une morsure, ou inversement, de savoir que son enfant mord. Dans tous les cas, les morsures génèrent des réactions, souvent de l’angoisse, et peuvent être sources de tensions entre parents et professionnelles. Lorsque les morsures sont trop nombreuses, elles incitent les professionnelles à une remise en question sur l’aménagement de l’espace, les jeux proposés, l’organisation et l’accompagnement des enfants. Tout cela est réfléchi. Des solutions sont cherchées pour pouvoir accompagner l’enfant, la famille, mais aussi pour créer une atmosphère qui ne soit pas génératrice d’agressivité. Il est important pour les familles de pouvoir exprimer leurs ressentis, et il est tout aussi important pour les professionnelles de ne pas culpabiliser et de susciter l’échange avec les familles. Lorsqu’un dialogue est créé, la confiance peut rester intacte, et les solutions peuvent être recherchées et trouvées ensemble. Parfois, rien que le fait d’en discuter résout naturellement les problématiques qui se présentent, car l’enfant sent qu’il est pris en considération… Alors, parlons-en lors des temps d’échange au quotidien, afin de pouvoir accompagner l’enfant au mieux.