L’acquisition du contrôle sphinctérien

L’acquisition du contrôle sphinctérien a longtemps été appelé apprentissage de la propreté, puis acquisition de la propreté. Nous préférons aujourd’hui le terme d’acquisition du contrôle sphinctérien ou acquisition de la continence.

Pourquoi parlons-nous d’acquisition plutôt que d’apprentissage ?

https://blog.privatebebe.com/wp-content/uploads/2014/03/LILIAIMELENOUGAT-mon-premier-pot-blogprivatebebe.jpgLe contrôle des sphincters est, comme la marche, quelque chose qui s’acquiert plutôt que quelque chose qui s’apprend. Que vous preniez un enfant par les mains pour l’entraîner à la marche, ou que vous le laissiez tout seul passer par les différentes étapes amenant à la marche, la finalité sera un enfant qui marche. Mais en le laissant passer seul par les différentes étapes, l’enfant développera alors correctement sa chaîne musculaire, et gagnera en confiance en lui, fier d’y être arrivé seul, sans trop d’aide de l’adulte. Il en est de même pour le contrôle des sphincters. Que l’on « entraîne » les enfants ou qu’on les laisse gérer seuls ce processus (comme c’est le cas dans beaucoup de cultures), l’âge moyen de cette acquisition est 2 ans ½ – 3ans. Il n’est donc pas nécessaire de leur « apprendre », ils acquerront cette capacité d’eux-mêmes.

Pourquoi parler de contrôle sphinctérien plutôt que de propreté ?

Les sphincters sont les muscles qui permettent d’ouvrir et fermer la vessie et l’anus. Nous pouvons également parler d’acquisition de la continence.

Le terme de propreté parle bien des enjeux que nous mettons derrière cette étape. Le message serait donc que, avant, l’enfant serait sale, et deviendrait propre ensuite. Le choix des mots est important pour l’enfant qui peut régulièrement entendre des phrases comme « il n’est pas encore propre » : il serait donc en situation d’échec jusqu’à ce qu’il parvienne à l’objectif tant attendu par son entourage.

Sur l’usage des mots, soyons également vigilants à ne pas dire « c’est caca » pour dire que quelque chose est sale. Certains enfants se bloquent alors, ne voulant plus faire de selles, craignant d’être « sales ». Le caca ne doit être un objet ni positif, ni négatif, mais le simple résultat d’un besoin assouvi, témoin du bon fonctionnement de notre corps.

Quand l’enfant est-il prêt ?

               L’acquisition du contrôle sphinctérien dépend tout d’abord de la maturation neuromotrice : l’enfant doit être prêt dans son corps. En effet, ses muscles doivent être suffisamment efficaces, et la maturation du lobe préfrontal de son cerveau doit être assez avancée pour permettre la contraction permanente et non consciente des sphincters, et leur relâchement volontaire lorsque le besoin s’en fait ressentir.

               Elle dépend également de sa maturation psychique. Il est souvent observé que l’enfant, lorsque l’adulte n’intervient pas dans l’acquisition, entame ce processus peu après le moment où émerge le « moi », le « je » dans son langage. Il développe sa conscience de lui-même, se reconnaît en tant que personne bien différenciée. C’est une étape importante, qui pourra être suivie de la reconnaissance de ses besoins.

               Le passage au pot ou aux toilettes peut aussi générer une « angoisse de morcellement » chez l’enfant. Avant, il n’assiste pas directement à la selle sortant de son corps et disparaissant dans les toilettes. En voyant ce qu’il se passe, l’enfant peut avoir besoin de temps pour comprendre que la selle qui sort de son corps, n’est pas une partie de lui-même. L’angoisse de morcellement, c’est la crainte de voir une partie de son corps se détacher. Il est donc important d’expliquer à l’enfant qu’il s’agit de la nourriture qu’il a mangée, qui a voyagé dans son corps pour lui donner toute l’énergie nécessaire, et qui ressort ensuite.

Généralement, l’enfant est d’abord prêt physiologiquement (maturation du réflexe sphinctérien et maturation neuronale) avant d’être prêt psychologiquement.

               Quelques signes indiquant que l’enfant est potentiellement prêt :

– Capacité de marcher jusqu’au pot/toilettes

– Capacité à s’assoir seul et stabilité de l’assise

– Capacité de rester sec plusieurs heures

– Capacité de compréhension langagière permettant de suivre des directives simples

– Capacité d’expression permettant à l’enfant de communiquer son besoin d’aller sur le pot/toilettes

– Désir d’indépendance et de contrôle de la vessie et des intestins

– Prise de conscience des mictions et défections (par exemple, l’enfant s’isole dans un petit coin pour déféquer)

Des moments de régression sont possibles. Un enfant qui a commencé à aller sur le pot, peut se sentir anxieux de cette nouvelle acquisition et avoir besoin de retrouver la sécurité de la couche. Laissez-le choisir, et s’il souhaite remettre une couche pendant quelques semaines voire mois, ne vous inquiétez pas : cela fait partie du processus. Comme pour l’acquisition de la marche, certains enfants font quelques pas, puis préfèrent repartir sur du quatre pattes pendant quelques temps, se rassurant dans ce qu’ils connaissent bien et qui a fonctionné pour eux jusqu’à maintenant.

Si vous avez déjà entamé un processus d’apprentissage de la propreté, et que votre enfant se montre réfractaire ou s’oppose, n’hésitez pas à faire marche arrière et à remettre une couche. Il est préférable alors de ne plus inciter l’enfant à aller sur le pot pendant un temps. De préférence, laissez l’enfant exprimer de lui-même le désir de réessayer le pot. Laissez le pot à disposition, mais n’incitez pas l’enfant à y aller.

Quant à la continence nocturne, elle arrive généralement un peu plus tard, vers 3-4 ans. Cela peut cependant être un peu plus long pour certains enfants, il peut être utile d’en parler au pédiatre si cela tarde trop (6-7 ans).

Pourquoi ne pas intervenir dans ce processus ?

               Que l’on intervienne ou pas, l’enfant finira dans tous les cas par acquérir cette nouvelle compétence. L’âge moyen d’acquisition est le même (2ans ½ – 3ans, mais cela peut varier !) quelles que soient les cultures, celles où l’adulte intervient et celles où l’adulte laisse l’enfant faire.

               Lorsque l’adulte intervient de façon trop directive, l’enfant pourra par la suite avoir plus de difficultés à repérer quels sont ses besoins et quand il a besoin de les assouvir (par exemple, en le mettant sur le pot à heures précises, l’enfant ne peut pas être à l’écoute de son besoin). Il ne sera également pas dans une démarche d’autonomie et d’indépendance, mais dans l’envie de faire plaisir ou non à ses parents.

En revanche, en le laissant faire, votre enfant pourra prendre confiance en lui, et n’utilisera pas le fait d’uriner ou de déféquer comme un levier pour obtenir de la reconnaissance ou pour s’opposer.

Toutefois n’ayez crainte si vous avez procédé autrement, d’autres méthodes et façons de faire ont longtemps été utilisées et le sont encore aujourd’hui, et la plupart des enfants s’en sont tout à fait accommodés. Cependant, au vu de l’évolution des connaissances sur le développement de l’enfant, nous pouvons maintenant réajuster nos façons de faire.

Que puis-je faire pour l’aider ?

N’hésitez pas à mettre à votre enfant une couche culotte, lorsque vous le sentez prêt, afin de favoriser son autonomie. Il pourra alors l’enlever seul lorsqu’il ressentira le besoin d’aller aux toilettes ou sur le pot (favorisez des vêtements faciles à enlever pour lui).

Placez le pot dans un lieu facile d’accès, de préférence aux toilettes, éventuellement dans la salle de bain, en tous les cas un lieu où son intimité puisse être respectée (éviter par exemple le pot au milieu du salon).

Accompagnez-le par la parole. Lorsque vous changez sa couche, verbalisez ce que vous faites, s’il y a juste de l’urine ou des selles, ce que vous en faites etc…

Pour l’aider à apprivoiser la possible (mais pas systématique) angoisse de morcellement, vous pouvez procéder par étapes avec votre enfant : d’abord, le faire participer au changement de sa couche, lui montrant ce qu’elle contient et lui proposant d’aller la jeter lui-même (soit à la poubelle, soit en jetant la selle dans les toilettes afin qu’il s’y habitue). Le passage par le pot peut ensuite être une étape plus rassurante que d’aller directement sur les toilettes (avec un réducteur de toilettes). Il pourra accéder au pot plus facilement qu’aux toilettes, être dans une position plus physiologique pour la selle (presque accroupi), et voir le résultat de son action dans le pot. Vous pouvez lui proposer alors de vous aider à jeter le contenu du pot aux toilettes, sans obligation. Faites-lui savoir qu’il a le choix d’aller faire directement sur les toilettes s’il le souhaite, mais devra peut-être solliciter votre aide pour s’installer (le pot permet donc plus d’autonomie dans un premier temps).

Lorsque votre enfant fait sur le pot ou les toilettes, ne manifestez pas trop votre satisfaction : cela enverrait à l’enfant le message que faire ses besoins ou non, là où vous le souhaitez ou non, peut être un levier pour vous plaire ou s’opposer à vous. Cela peut aussi le renvoyer à un échec s’il ne parvient pas à aller sur le pot la fois suivante, et agir alors sur sa confiance en lui. Vous pouvez le féliciter simplement et brièvement.

Respectez sa pudeur : évitez de le prendre en photo lors de ce moment, et si cela ne l’inquiète pas, vous pouvez même pousser un peu la porte pour lui laisser de l’intimité. Cela lui transmettra le message que son corps ne doit pas être à la portée de tous.

Comment accompagnons-nous les enfants à la crèche ?

C’est à travers les transmissions du quotidien que vous pouvez informer les professionnelles de la crèche, de l’évolution de cette acquisition chez votre enfant. Si vous transmettez à une professionnelle que votre enfant commence à vouloir aller aux toilettes ou sur le pot de lui même, cela lui sera alors proposé également à la crèche.

Cependant, il peut arriver qu’un enfant ne réagisse pas de la même façon à la crèche qu’à la maison. Il y a à la crèche beaucoup de stimulations, et l’enfant étant happé par l’instant présent, il n’est alors plus forcément autant à l’écoute de ses besoins physiologiques. Il va gérer petit à petit la tentation de ce qui l’entoure et prioriser ses besoins. 

Nous avons ici des couches culottes, ce qui permet à l’enfant d’enlever lui-même sa couche, et de ne pas être dans l’obligation de demander de l’aide à l’adulte, participant ainsi au développement de sa confiance en lui et à son désir d’autonomie.

Si l’enfant demande une couche lors des temps de change, nous respecterons son choix. Même s’il est prêt à la maison à rester sans couche, la crèche peut être un lieu moins sécurisant pour lui.

Pour conclure : pas de panique, votre enfant fera ses besoins aux toilettes à un moment ou un autre, et très probablement avant sa rentrée à l’école maternelle. Et si ce n’est pas le cas, ne vous inquiétez pas, il arrive toujours que quelques enfants ne soient pas tout à fait prêts lors de la rentrée, l’école se doit de l’accepter et cela viendra certainement peu de temps après la rentrée.

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